Vous trouverez ci-dessous le texte lu à l'occasion de l'inauguration de la salle Claude Nicollier, Astronaute suisse, à l'Ecole Ardévaz, le 3 février dernier.

Enfant, nous avons tous rêvé d’être cosmonautes.
Nous avons tous rêvé de décrocher la lune, de faire un tour sur mars et repartir, ou de nous moucher dans les étoiles.
Adultes, le ciel nous semble toujours aussi vaste et mystérieux, mais nous n’avons plus le temps de lever les yeux vers lui, tant le quotidien nous courbe l’échine.
Mais il y a peut-être autre chose.
Pas seulement la peur de l’immensité, l’angoisse devant l’infinité de l’espace.
Il y a la conscience que le macro-cosmos n’est que le reflet d’un abîme incommensurable qui s’ouvre là où nous sommes, à travers ce que nous sommes.
C’est un abîme qui dépasse infiniment le microscope du quartier, de la ville, de la région ou du pays où nous évoluons. C’est un autre macroscope qui s’ouvre en nous, parfait reflet de celui au-dessus de nos têtes.
Cet espace illimité est fait de mondes insoupçonnés, peuplé de fées, de licornes, de Trolls et de tous les mages, les sirènes et les monstres de notre imagination. C’est un monde où tout devient possible. Mais derrière ce monde des rêves, des feux-follets et des émotions s’ouvre autre-chose, une lumière puissante et bienfaisante qui donne le vrai éclat à la lumière du jour en illuminant le regard que nous lui portons.
Peu d’entre nous deviendront des Nicollier, des cosmonautes, des voyageurs de l’espace.
Mais tous, nous sommes des spéléologues de l’imaginaire, des poètes de l’outre-monde, des pèlerins dans les paysages de l’âme.
Tous, nous avons voyagé dans des salles comme celle dédiée à Claude Nicollier.
Pour y rêvasser, pour y échapper au réel, pour revivre le passé et faire, d’un battement d’aile un tour dans l’avenir.
Tous, nous avons été rappelés à l’ordre et la réalité par la voix d’un professeur de physique tentant de nous expliquer le principe d’Archimède où la pomme de Newton, pour quelques rares d’entre nous même la physique quantique.
Nous en sommes tous revenus, de l’école, de notre rêve d’être cosmonautes, de notre désir de voir les choses d’en haut.
Mais nous avons appris à maîtriser les signes, les symboles, à acquérir la maîtrise des formidables instruments de navigation du vaisseau du savoir.
Silencieux, studieux où rêveurs, nous sommes restés des années physiquement immobiles dans des bancs d’école pour permettre à notre esprit de voyager à la vitesse de la lumière à travers notre espace intérieur et mille mondes insoupçonnés.
En ce sens, nous sommes tous cosmonautes.
Nous sommes tous des voyageurs dans un espace intérieur qui est infiniment le nôtre et que nous comprenons pourtant si peu.
Merci à l’école Ardévaz de participer à cette aventure humaine extraordinaire qu’est la formation.
Merci d’être la rampe de lancement, le Cap Canaveral de notre jeunesse assoiffée de savoir.

Oskar Freysinger, Conseiller d'Etat